5€ la baguette ? oui oui merci ! – DΘctΩrant·Σs

La Science Infuse

Image d’illustration choisie par la·le doctorant·e

Transcription de l’épisode :

Allo maman ? Oui j’étais à la boulangerie. X€, tu te rends compte ? mais depuis quand on paye autant ? Non j’avais pas fait attention avant, là vraiment ça m’a choquée. Oui, je sais que toi avant c’était 1 franc, mais moi si ça augmente encore j’arrête d’en acheter.

Bonjour, moi c’est Marie Jézéquel-Royer, doctorante au Laboratoire d’Économie d’Orléans, et je suis là pour vous parler d’inflation, et de transition écologique.

Avant de rentrer dans le cœur du sujet, parlons d’inflation, cette chimère économique tellement médiatisée.

Quand on parle d’inflation, on fait référence à une hausse générale et durable des prix. Même si personne n’aime voir les prix augmenter, une inflation modérée est historiquement associée à la croissance économique, car ça signifie que la société s’enrichit. Mais personnellement, je n’ai jamais entendu quelqu’un dire « j’aime payer plus cher car ça montre que mon pays va super bien ! ». Mais est-ce que c’est vrai ça ? si mes prix augmente ça veut dire que mon pays va super bien ?

Ce que j’ai longtemps ignoré, c’est que les prix augmentent sans cesse, sans forcément qu’on s’en aperçoive, de quelques pourcents par an. Et peut être que le problème justement, c’est quand on s’en aperçoit…. et là je me demande si commencer ma baguette dans la rue ne sera pas bientôt un luxe.

La première fois que je me suis vraiment interrogée sur les prix, c’était en 2022, avec la guerre en Ukraine et la crise énergétique européenne. A cette époque-là, tous les médias s’échauffaient sur une pénurie de blé et de pétrole (bon de moutarde aussi je crois mais comme j’aime pas ça, je ne m’en rappelle plus tellement). C’était la panique générale, et faire la queue 1h à la station-essence ça gonfle tout le monde. Mais quand on y réfléchit 2 secondes, est-ce que le problème n’est pas justement dans le fait qu’on soit capable d’attendre 1h pour faire un plein de pétrole. Et il serait trop optimiste de penser que ça ne se reproduira pas.

La dépendance de nos sociétés aux énergies fossiles, dont le pétrole n’est qu’un exemple, ne s’est pas vraiment améliorée depuis 2022. C’est juste que quand on nous répète pas le mot pénurie 4 fois par jour dans les oreilles, on y pense un peu moins. Pourtant la réalité c’est que le pétrole, comme le gaz et le charbon, il n’en reste pas beaucoup. Et pour couronner le tout ça pollue. Et comme on en a marre d’avoir super chaud et de voir des vidéos de la Grèce bruler tous les étés, ce serait pas mal de le limiter, ce changement climatique.

Vient alors le besoin de mettre en place une transition écologique. Pour éviter de continuer de regarder des images d’incendies en mangeant une glace en maillot de bain devant le ventilateur. La transition, tout le monde en parle, mais est-ce qu’on la voit vraiment…

La transition, c’est le fait de modifier nos modèles économiques, c’est-à-dire nos modes de production et de consommation, afin de limiter le changement climatique et ses conséquences. Pour qu’elle soit possible, il est donc nécessaire de remplacer les énergies qu’on utilise aujourd’hui par des énergies moins polluantes, et de modifier la manière de produire ce que l’on consomme. Mais tout changer ça coute cher (sinon je redécorerai mon salon tous les weekends). Car les entreprises vont devoir changer leur système de production, utiliser d’autres matériaux, d’autres sources d’énergies, former leurs employés à de nouvelles technologies… Et tout ça va augmenter les couts de production, ce qui se répercute sur les prix de manière générale.

Concrètement, on parle de plusieurs centaines de milliards d’euros d’investissements en Europe juste pour la transition. Oui je sais, ça fait peur dit comme ça. Mais les économistes du GIEC et de grandes institutions internationales qui ont calculé le coût de l’inaction, c’est-à-dire ne rien faire face au changement climatique, arrivent à des milliers de milliards de pertes. Et plus on attend, plus ça va couter cher. Donc au final, c’est peut être pas tant que ça.

Mais attention, cette inflation liée à la transition, elle a une date de péremption. Une fois qu’on a installé les éoliennes, isolé les bâtiments, électrifié les transports, les coûts devraient baisser durablement. L’éolien et le solaire sont aujourd’hui les énergies les moins chères à produire. Je fais pas d’astrophysique mais j’ai pas l’impression que le soleil va s’éteindre tout de suite.

Et si on ne faisait pas de transition, et qu’on laissait faire ? Revenons à notre pétrole qui pollue. On l’a dit, le problème des énergies fossiles, c’est que leur stock s’épuise, et qu’il se renouvelle très lentement (on parle en millions d’année pour le pétrole). Donc plus on continue d’en utiliser comme on le fait actuellement, moins il y en a. Et je ne vous apprends rien si je vous dit : ce qui est rare est cher. En plus, si on ne lutte pas contre le changement climatique, on va voir le nombre de catastrophes naturelles augmenter. Par exemple, un épisode de sécheresse qui pourrait détruire des récoltes de blé. Et le blé deviendrait plus rare. Donc plus cher. Et ma baguette aussi en fait.

Donc résumons. Je me retrouve à choisir entre payer plus cher à cause d’une pénurie de pétrole et une sécheresse inarrêtable, ou choisir d’agir pour la planète, même si je dois en payer le prix fort.

Autrement dit, voici un dilemme cornélien : préfère-t-on laisser faire, mais payer notre inaction demain, ou commencer à agir maintenant pour essayer de réduire les couts futurs ?

Bon, vous allez me dire que c’est facile de se poser cette question quand on a les moyens. Et vous avez raison. Tout le monde ne peut pas absorber ces hausses de prix de la même manière. Et surtout ceux pour qui chaque euro compte. Et c’est justement là que réside le vrai défi de cette transition : comment on la finance ? Est-ce qu’on taxe les plus riches ? Est-ce qu’on taxe les entreprises les plus polluantes ? Est-ce qu’on met en place des subventions ?

C’est un grand débat en économie actuellement, de savoir quels instruments sont les plus efficaces pour mettre en place cette transition. Certains risquent d’augmenter les prix plus que d’autres. Et est-ce que les marchés financiers prennent en compte les politiques de transition ? Est-ce que les individus perçoivent la transition et adaptent leur comportement économique ? Tout ça, c’est ce que j’essaye de regarder dans ma thèse.

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Ce qui est sûr c’est que moi aujourd’hui je n’aimerais pas être une banque centrale. Parce que sa mission à elle, c’est de garder une inflation contrôlée, et d’assurer stabilité financière et croissance économique. Et elle aussi elle se demande comment elle peut faire pour naviguer entre changement climatique et transition. Comme nous finalement. Mais on va dire qu’elle a un peu moins le droit à l’erreur… ou du moins ça passerait un peu moins inaperçu..

Mais est-ce qu’on préfère pas toujours agir que subir ? Est-ce qu’il n’est pas plus simple d’anticiper que de se retrouver dos au mur ? Si dans tous les cas on va payer… Et ça, c’est une réflexion qui est valable à toutes les échelles.

Allô maman ? Oui c’est moi. Finalement, pour les bonnes raisons, j’accepterai de la payer 5€ la baguette.

Merci à vous toutes et tous de m’avoir écoutée. Merci à toute l’équipe qui a organisée cette formation, et à toutes et tous avec qui j’ai pu travaillé pour rendre ce podcast possible. Je tiens à également à remercier l’école doctorale SSTED, la région Centre-Val de Loire, ainsi que l’Institut Supérieur de Commerce de Paris pour rendre cette thèse possible.

Par Marie Jézéquel-Royer

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