
Transcription de l’épisode :
Bonjour à tous, je m’appelle Chanel Dobert, et je vais vous emmener dans mon univers.
Imaginez : nous partons en balade, un matin d’automne. Entendez le bruissement des roseaux, le vol silencieux d’un héron, et l’eau miroitante bordée de ses chênes. Nous voilà au cœur d’un pays où nichent secrètement les étangs. Mais sous leur surface tranquille… savez-vous vraiment qui ils sont ?
L’histoire des étangs remonte au Moyen Âge, et depuis, ils n’ont cessé de faire partie de notre société. – Initialement créés pour répondre à un besoin alimentaire, ils ont ensuite servi à irriguer les cultures, abreuver le bétail, puis plus récemment, sont devenus des lieux de chasse et de pêche, ainsi que des espaces de détente. Les étangs, ces entités aux multiples facettes, ont évolué au gré de nos usages.
De siècle en siècle, ces miroirs d’eau ont changé de fonction, comme s’ ils s’ajustaient à chacune de nos envies. Ainsi, la perception de ces milieux, c’est-à-dire la manière dont on les appréhende, a évolué en même temps que leur utilisation, passant d’un intérêt alimentaire à un intérêt récréatif.
Partie 1 : évolution, vidange
Un étang, c’est une étendue d’eau bordée par une chaussée, dans laquelle est intégrée une bonde, gardienne de son étang et de son eau. Vous vous demandez sûrement à quoi elle peut bien servir ?
Au fil du temps, l’étang change. Lieu de vie à l’équilibre fragile, il subit comme nous, un processus de vieillissement naturel. Sans intervention, il peut lentement se refermer, jusqu’à disparaître. Mais il existe un remède miracle contre le vieillissement des étangs, et ils peuvent ainsi, vivre pendant plusieurs siècles : il s’agit de la vidange. Une véritable cure détox pour l’étang : on ouvre les vannes pour laisser l’eau s’écouler progressivement, jusqu’à le vider complètement. Pour les poissons, pas de panique, ils sont soigneusement amenés vers un autre lieu de vie.
La vidange est une phase clé de son cycle de vie, nécessaire à son maintien. Vous l’avez sûrement déjà vue au bord de l’étang, la bonde en vieux bois de chêne, ouvrage ancien parfois centenaire, partie intégrante d’un patrimoine identitaire. C’est le système d’évacuation qui permet de contrôler la sortie d’eau, lorsqu’on procède à la vidange.
Une fois l’étang asséché, on passe au check up complet. Pour évaluer son état de santé, son gestionnaire, un peu comme un médecin, réalise un diagnostic puis établit une ordonnance : entretien des ouvrages hydrauliques, curage des sédiments, apport de compléments alimentaires si nécessaire, ou encore quelque temps au repos. L’objectif, c’est qu’il reparte en pleine santé !
Et la vidange, c’est bien plus qu’un simple acte de gestion ! C’est également un moment de partage et de convivialité lors de la récolte du poisson, – propice à l’entretien de l’étang – et qui participe à l’amélioration de la qualité de l’eau et des habitats.
Partie 2 : bénéfices / avantages des étangs
Aujourd’hui bien intégrés dans nos paysages, ce sont de véritables lieux de vie. Ils abritent de nombreuses espèces, servent de terres d’accueil pour les migrateurs, constituant ainsi d’importants réservoirs de biodiversité. – D’apparence figés, leurs mouvements nous échappent.
Les étangs offrent bien plus qu’un simple décor paisible : ce sont de véritables moteurs écologiques. Ils accueillent une biodiversité foisonnante, où oiseaux, amphibiens, insectes et plantes – trouvent refuge, nourriture et zones de reproduction.
Les étangs jouent également un rôle essentiel dans la régulation du cycle de l’eau : ils retiennent les crues, filtrent naturellement les nutriments et les polluants, créent des microclimats, atténuent les effets des sécheresses et stockent du carbone dans leurs sédiments. En somme, ces plans d’eau façonnés par la main humaine – sont aujourd’hui de précieux alliés pour les écosystèmes,- des réservoirs de vie indispensables – dans un paysage en perpétuelle transformation.
Pour autant, beaucoup sont amenés à se dégrader ou à disparaître car ce sont des entités fragiles et vulnérables due à cette hybridité si caractéristique. Ni totalement naturel ni totalement culturel, – ils sont menacés par les activités humaines comme le développement urbain et industriel,- l’agriculture intensive et l’exploitation forestière,- et la pollution.
Partie 3 : régions d’étangs et perceptions
Les étangs créent des liens sociaux, notamment dans ce que l’on appelle des “régions d’étangs”. Ce sont des régions où il y a évidemment une forte concentration d’étangs, mais aussi un fort contexte économique et social autour de ces entités. En effet, depuis leur exploitation médiévale, ils ont grandement participé à l’économie rurale de ces régions. – Ils fournissent du travail aux artisans, participent à l’économie agricole, et remplissent des fonctions économiques. Cependant entre les propriétaires et leurs étangs, c’est surtout un lien sentimental qui les unis, car c’est bien souvent une activité peu lucrative. Pour beaucoup, les étangs sont le reflet d’un héritage familial.
Pour ces régions, les étangs ont même été une source d’inspiration notamment dans la littérature et la peinture. Et déjà en ce temps, il y avait une dichotomie dans leur perception : entre superstitions et alimentation, c’est aujourd’hui d’un autre ressort. En effet, ils sont à la fois perçus comme des perturbateurs hydrologiques à l’origine de conflits multi acteurs, mais ils ont une importante valeur touristique et récréative, ainsi qu’une qualité paysagère régionale.
Partie 4 : naturel / construit
À première vue, vous pourriez facilement croire que les étangs sont des œuvres de la nature, car ils s’intègrent dans nos paysages comme une surface en eau d’apparence sauvage et naturelle. Mais ce sont bien des espaces créés, transformés et gérés par l’homme. Ce caractère anthropique des étangs est assez peu représenté, les figeant dans l’esprit collectif comme des éléments naturels du paysage. Alors que les étangs peuvent être assimilés à un système agricole, au même titre qu’une surface cultivée. Ce qui en fait un espace original, c’est que contrairement aux autres systèmes agricoles, il présente une diversité animale et végétale sans égal. En effet, bien qu’ils soient créés par l’homme, une végétation spontanée s’y développe. Ainsi, la pisciculture extensive favorise une grande biodiversité, qui doit être préservée.
En conclusion : méthodo, intérêts, enjeux, sens de la recherche
Mais alors, me direz-vous, quel intérêt à travailler sur les vidanges d’étangs ? L’objectif de mon travail, c’est de documenter la pratique et les éléments qui gravitent autour.
Par exemple – il y a toute une partie sociale dans laquelle j’interroge les relations entre les différents acteurs du territoire, notamment locaux et institutionnels, grâce à des entretiens semi-directifs. L’objectif est de rendre compte de la manière dont ces acteurs perçoivent la vidange, et plus largement les étangs. Cette partie s’articule également autour de l’aspect culturel de la pratique, puisque très ancienne, elle est ancrée – dans de nombreuses traditions familiales et dans un patrimoine local souvent très fort.
Mais il y a aussi une partie physique, où je mesure certains paramètres de l’eau – directement en sortie de l’étang avec des appareils enregistreurs, ce qui permet de rendre compte des éventuels changements de la qualité de l’eau dus à la vidange. Ces paramètres que je mesure n’ont pas été choisis au hasard, ils ont été retenus en cohérence avec la réglementation en vigueur. Et tout comme les étangs, les vidanges font face à une ambivalence d’opinions, puisqu’elles sont à la fois obligatoires et légalement encadrées, mais aussi perçues comme ayant des effets exclusivement négatifs. C’est donc ce que j’analyse, et que je cherche à nuancer.
Ces deux parties, sociale et physique, se lient autour d’une finalité commune, celle de la bonne gestion des étangs. Puisque la vidange représente une grande partie de cette gestion et qu’elle figure dans les textes de lois sur l’eau, sa pratique est règlementée. Mais cette réglementation a eu tendance à s’éloigner de la réalité du terrain, entraînant des contradictions et dysfonctionnements entre ces textes et leur application. C’est un peu comme si on vous demandait de faire une tarte aux pommes, mais qu’on vous donnait uniquement les ingrédients et la recette d’une pâte à crêpes. C’est pourquoi il est important que chacun des acteurs puissent se référer à une base de connaissances afin de s’adapter à la singularité des étangs.
Remerciements
Je suis doctorante en Géographie, au sein du laboratoire CEDETE à l’Université d’Orléans. Je vous remercie d’avoir écouté cette histoire, et je remercie également l’école doctorale SSTED, ma direction de thèse ainsi que mon labo de recherche, l’équipe de Radio Campus ainsi que l’équipe de formation pour leur accompagnement, et je remercie également Camille Méchain et Joël Deloche pour leur investissement.
Par Chanel Dobert